News Local

Reesor Siding, j’y étais il y a 50 ans... de l’autre côté de la clôture...

 Suite à l’article paru dans le Northern Times le 14 février dernier, 600 cordes de bois valaient-elles la vie de 3 hommes?

Si les grévistes venaient simplement défaire nos piles de bois, pourquoi sont-ils venus en si grand nombre?... Pourquoi marcher droit sur nous en criant ‘’ À mort les colons, à mort les colons’‘? Ces cris sauvages pareils aux cris des indiens dans les shows de cowboys, les 20 colons les entendent encore résonner dans leur tête.

Je suis certain que si ces grévistes avaient été informés de la lettre reçue par leur président Jos Laforce, citant que les colons étaient maintenant armés pour se défendre s’il envoyait encore ses troupes sur notre terrain privé, le grand nombre de syndiqués venus à Reesor Siding la nuit du 10 au 11 février 1963 aurait été passablement réduit ... s’il n’y avait pas eu de caisses de bierre sous les tables dans les salles des syndiqués ‘’À mort les colons, à mort les colons’‘..., s’il n’avait pas plané d’atmosphère d’intimidation pour pousser des travailleurs matures, sensés, pères de famille à commettre des actes de vandalisme la nuit ( N. Rivard avoue dans le documentaire Confusion mortelle :’‘Notre tactique était de débouler le bois...c’est certain qu’il y avait des moyens de pression...‘’À mort les colons , à mort les colons’‘ . Oui certainement, beaucoup moins que 400 hommes syndiqués à Reesor Siding la nuit du 10 au 11 février 1963..’‘.À mort les colons, à mort les colons’‘

Pour 600 cordes de bois?

Le problème ce n’était pas les piles de bois, c’était plutôt notre liberté. Quand le syndicat, par l’entremise des ‘’stewarts’‘ d’union sur le perron des églises, nous incitait à faire partie du syndicat, ce n’était qu’une tactique pour se débarasser de nous(travailleurs indépendants). Ils nous faisaient croire que le syndicat nous ferait entrer à la Spruce Falls. Nous leur demandions de modifier leur règlement pour les heures de travail; puisque nous bûchions l’hiver seulement, nous devions faire de longues journées ( plus que 8 heures par jours et jusqu’au samedi soir).Ils ont refusés, c’était leur droit. Alors, nous avons consulté la Spruce falls au sujet de notre embauche promise par le syndicat. Malgré ce que se vantait le syndicat, la Spruce Falls engageait les bûcherons au besoin. La compagnie ne pouvait pas congédier des syndiqués pour engager des colons. Ils ont trouvé cette prétention très drôle!

Vu que le syndicat refusait de modifier leur règlement des heures de travail, nous leur avons donc répondu ne pas avoir besoin d’eux pour mettre du pain pi du beurre sur la table, puisque leur règlement réduisait trop nos heures de travail saisonnier. Nous avions le droit de continuer de travailler librement. L’Ontario était et est toujours une province LIBRE. Mais, c’est à ce moment-là qu’il fallait que le syndicat se débarrasse de nous...pour 30% de bois vendu à la Spruce Falls? ‘’pour notre droit de rester travailleurs libres et indépendants? ‘’À mort les colons, à mort les colons...’‘

Ça faisait 1 ½ - 2 mois que les grévistes(un groupe de fiers à bras) faisaient du vandalisme dans le bois la nuit sous les ordres de leurs dirigeants, pour décourager les colons de continuer à gagner leur vie à leur façon. Les actes de vandalisme étaient de plus en plus sérieux. Et la fin de l’hiver approchait. Fallait s’organiser pour sortir le bois proche du Highway pour être capable de le charroyer quand la grève serait réglée (décision prise dès le début de la grève par la Fédération des cultivateurs et respectée par les colons).Pas une bûche de bois partait vers le moulin Spruce Falls. Le bois sorti des strips était charroyé sur un terrain solide pour pouvoir le transporter au moulin quand la grève serait réglée. C’est pourquoi les colons ont pilé le bois à Reesor Siding sur un terrain privé. C’est là qu’on a mis une barrière à l’entrée, au Highway. Du vandalisme, devenu de plus en plus sérieux, on en avait eu assez. Deux représentants de la Fédération des cultivateurs sont allés donner en mains propres à René Brunelle député provincial conservateur, au chef de police de Kapuskasing et à Jos Laforce président du syndicat, une lettre citant que si les grévistes venaient faire du vandalisme chez nous à Reesor, on avait des fusils pour se défendre sur l’ouvrage. En plus, la Fédération des cultivateurs avait exigé la protection de 4 policiers à la barrière pour empêcher les grévistes de venir faire du vandalisme.

Quand les 400 grévistes sont partis des salles vers 11 heures le 10 février 1963, les policiers à la barrière à Reesor Siding nous en ont avertis et de ne pas nous inquiéter, parce que 200 policiers s’en venaient pour arrêter ces grévistes. Avoir su que ces 200 policiers ne seraient pas là pour nous protéger, c’est certain qu’on n’aurait pas resté sur les lieux à les attendre, nous n’étions que 20, dont 3 représentants de la Fédération des cultivateurs qui étaient également colons. On avait nos chars, on n’aurait pas resté là.

Lorsque la meute de grévistes est arrivé à Reesor, en débarquant de leurs chars, tout de suite ils ont commencé à crier ‘’À mort les colons! À mort les colons!’‘Pas de signes des 200 policiers! Nous étions pris au piège! Nous avons couru à notre cabane pour aller chercher nos fusils. Les grévistes avançaient vers la barrière. Les 4 policiers ont disparus de notre vue. Les grévistes leur ont passé dessus? Les ont poussés dans le fossé? Ont-ils paniqués comme nous?...Ont-ils tirés pour nous défendre?...Nous avaient-ils abandonnés à la merci des 400 grévistes?...À mort les colons!, à mort les colons!... La chaîne a cassé. La meute de grévistes enragés, crochets et bouteilles de bierre en mains, s’en venait droit sur nous et non pas vers les cordes de bois pilés à 350 pieds à gauche. ‘’À mort les colons! À mort les colons!’‘

Comment aurais-tu réagi à notre place?

Après que les grévistes ont eu reculé dans le chemin, les 3 représentants de la Fédération des cultivateurs se sont occupés des 3 morts. Pendant ce temps, les 200 policiers qui étaient censés être à Reesor avant les grévistes, sont arrivés. Ils nous ont embarqués dans leurs autos pour nous conduire à la prison de Kapuskasing pour nous protéger des grévistes en furie. En partant des lieux, il a fallu rouler à travers les grévistes enragés qui ont branlés les chars de polices et ont donnés coups de pied et coups de poing sur ces autos en criant menaces et bétises. On a passé à deux poils d’y rester. ‘’À mort les colons! À mort les colons!

En prison à Kap pendant 2 jours pour notre protection. Puis, vu l’agitation en ville animée par les grévistes, on nous a conduit à la prison d’Haileybury pour 2 semaines, toujours pour notre protection.

Au printemps 1963, il y a eu une enquête préliminaire, bizarrement aucun de nous 20 colons avons été interrogé, sauf les 3 accusés de possession d’arme dangereuse. Par la suite, il n’y a pas eu d’enquête, parce que la police, le syndicat et le gouvernement avaient intérêt à ce qu’il n,y en ait pas...S’il y a eu un procès plus tard, ça s’est déroulé sans la présence des colons...Bizarre

La police et le gouvernement avaient les deux pieds dans la merde. Officieusement, la police avait eu l’ordre du gouvernement de ne pas toucher aux grévistes même s’ils faisaient du vandalisme toujours sous les ordres subtiles de leur dirigeant. Les policiers restaient assis dans leurs chars et suivaient de près, malgré la tension grandissante qui ébranlait toute la population de la région, malgré les nombreuses plaintes des petits entrepreneurs forestiers et de la Fédération des cultivateurs. Le gouvernement ne faisait rien également pour ne pas se mettre le syndicat à dos et pour ne pas perdre un nombre important de votes aux élections.

Le syndicat ne voulait plus que les petits entrepreneurs forestiers et les cultivateurs vendent du bois à la Spruce Falls à l’avenir, un petit 30% environ.’‘À mort les colons, à mort les colons!’‘ C’était pour avoir plus de force dans leurs négociations futurs avec la Spruce Falls. Alors,pour le syndicat, tous les moyens étaient bons; violents ou pas, malhonnêtes ou pas, mais tolérés par la police et par le gouvernement. Tolérés par tous les membres du syndicat dans ce temps-là?... Et encore aujourd’hui?...Tolérés par la population en 1963? Non! Les commerçants et les représentants municipaux de la région ont fait de nombreuses plaintes à la police et au gouvernement. Plaintes justifiées, nombreuses, répétées, mais sans résultat. Le gouvernement est resté sourd et muet pour garder le syndicat de son bord..

Les 400 hommes qui sont venus à Reesord Siding dans la nuit du 10 au 11 février 1963, c’était pour y faire quoi? Débouler du bois? ‘À mort les colons, à mort les colons!’ ça n’a rien avoir avec des piles de bois. Ç’est plutôt une menace de mort certaine, c’est une intention de tuer. Comment ces 400 hommes expliquent-ils çes cris sauvages à leur famille, à leurs enfants?...Qui parmi eux n’a pas crié ‘A mort les colons, à mort les colons!’?

Marc Dallaire


Reader's comments »

By adding a comment on the site, you accept our terms and conditions